02 novembre 2009
Faite comme un rat pendant six mois

J'ai voulu travailler. J'ai même entrepris les grandes manoeuvres. Rien ne m'a fait reculer. Je me suis bien vendue. J'ai décroché un CDD de six mois en un rien de temps après cinq ans de congé parental. Depuis deux semaines je suis à mon petit bureau sept à huit heures par jour, à faire des trucs paperassiers dans un domaine qui me correspond à peu près aussi bien que, mettons, celui de la recherche atomique ou bien l'ingénierie routière. Mais je m'y suis mise. L'ambiance est comme partout relativement médiocre, malgré un abord engageant.
Et puis aujourd'hui a été mon premier jour de "vrai" CDD, hors période d'essai. Et je me suis souvenue qu'un salarié en CDD ne peut partir que pour un CDI. Sinon il doit s'y coller jusqu'à la fin. S'il décide de déquiller il doit verser à l'entreprise son salaire jusqu'à ce qui aurait été la fin du contrat ! Ce qui est d'ailleurs réciproque.
Faite comme un rat quoi. Il faut bien travailler pour vivre et payer ses factures, mais le marché de l'emploi actuel est triste comme un jour sans pain. Mon boulot n'est pas mirobolant ni bien payé, pourtant certains de mes collègues sont encore plus diplômés que moi. D'origine étrangère, ayant eu un accident ou sortant d'un congé parental, même combat ! Ma collègue de gauche parle plusieurs langues et a été DRH pendant quatre ans avant qu'un pépin de la vie l'ait rabaissée à ce modeste boulot d'employée de bureau. Ma collègue d'en face a un DEA, une vraie beauté, des tas de stages à son actif, mais jamais de propositions de (vrai) travail (intéressant) au-delà des photocopies. Son voisin est plutôt beau gosse, mais homosexuel de manière un peu trop évidente; je crains que ça ne lui ait joué des tours, et explique en partie qu'il soit toujours en CDD à plus de trente ans.
J'aurais dû commencer par les boîtes d'intérim. Finalement papillonner à droite à gauche m'aurait mieux été. Qui n'aime pas la liberté ?
26 octobre 2009
Comment demander une augmentation en période d'essai le plus simplement possible

Je me tâte, et j'ai de bons arguments pour :
- mon travail est administratif à mort
- il demande beaucoup d'attention
- il demande de la patience
- il demande une certaine méticulosité
- il veut que l'on reste presque huit heures d'affilée le cul vissé sur sa chaise
- il exige une parfaite connaissance de multiples procédures
- il exige une assez grande polyvalence, genre vérifier des dossiers tout en les rentrant dans un logiciel tout en répondant au téléphone tout en essayant de ne pas devenir obèse (voir plus haut l'histoire de la chaise)
- il a une utilité sociale certaine
- mais il est mal payé : 1300 euros nets !!! Pas même le loyer de notre T3. Ca craint...
- mais ils ont du mal à recruter, ce qui explique peut-être comment une éjectée du cercle vertueux des travailleurs méritants depuis plus de cinq ans comme moi a pu se faire embaucher si vite dans une si grande maison : il faut être sérieux et aimer l'eau et le pain sec, ainsi que dormir sous les ponts. Heureusement que je suis une femme entretenue par son mari qui vais bosser 39 heures par semaine pour me distraire...
- mais ils ont l'air content de leur recrutement avec ma petite personne : il ne m'en faut pas plus en général pour demander une augmentation. C'est une très bonne raison, je trouve.
- mais j'ai déjà dépensé en fringues mon salaire d'octobre. Il faut dire que quand on commence à travailler le 19 et que l'on n'a plus rien à se mettre... Ca c'est un argument massue pour demander une augmentation, toujours à mon avis. Grâce à mon esprit de décision et à mon inconscience caractérisée, je suis à présent la mieux habillée du groupe de l'étage, et aussi la plus fauchée. Alors...
- et comme je suis déjà crevée, ça demande une augmentation. Après tout, tous ces petits bonshommes même pas bien habillés qui rentrent chez eux bien contents après leur petite journée, se reposent. Pas moi. Augmentation !
- tous mes gamins sont en vacances cette semaine chez leurs grands-parents, mais personne n'est censé être au courant. Je suis une mère courage for ever. Ca mérite une augmentation. En tout cas ça me dégage du temps libre pour commencer à dépenser en fringues mon salaire de novembre, c'est toujours ça de gagné. Je soutiens le commerce de proximité; ça mérite un encouragement financier.
- en plus moi qui suis dyscalculique de père naissance, je me suis même mise à apprendre à réaliser certains calculs. Les pourcentages par exemple. C'est un exploit qui mérite rémunération.
En tout cas ils m'ont donné ma chance et "mon" équipe répond à toutes mes questions (et avec quelle patience!) C'est pourquoi ce matin j'ai ramené ma cafetière, mon café, mon thé, mon sucre, mon aspartam, mes tasses et mes petites cuillères. Parce que décrocher un job si vite et à côté de chez moi ce n'était pas gagné d'avance, alors je peux bien leur payer le café...
20 octobre 2009
Deux jours de travail et pas encore virée

J'ai deux minutes et demie pour vous raconter à peu près que c'est :
- administratif
- vide comme un jour sans pain
- un peu con con quand même
- que parfois je ne sais même pas ce que je fais
- nom du demandeur vachement utile en fin de compte
- plan de financement susceptible de rendre des gens heureux
- leurs gosses y compris
- quand même une bonne boîte
-..très organisée
- dans ma ville
- j'y vais à pieds
- les collègues sont simples et sympas
- j'ai parfois envie de casser ordi et téléphone
- ils ont vraiment un logiciel à la con
- il fait chaud dans mon bureau et ce n'est même pas moi qui paye
- il y a une cantine !
- il paraît que je serai vraiment payée et non pas remerciée en bisous mouillés
- de toutes façons mon directeur n'a pas intérêt à essayer
- la vie d'une héroïne des temps modernes quoi...
14 octobre 2009
J'ai le job !

Mon troisième entretien a été le bon !
Hier j'ai été reçue pour un deuxième entretien dans cette société située dans ma ville. Par un petit monsieur sûrement très brillant, puisque le montage administratif dont je vais m'occuper dès lundi, et pour lequel je prévois un prochain week-end d'apprentissage par coeur, lui semble "facile à en faire le tour". OK. Moi c'est limite si je ne vais pas caser mes mômes la première semaine pour être sûre d'arriver à la fin de mes deux semaines de période d'essai !
Mais j'ai le job !!
Je n'aurai pas un salaire mirobolant, mais ne compte pas en rester là, et tout ce qu'il me faut, c'est repartir dans la bataille. Cette société est une grande entreprise, avec de nombreux départements, des filiales, etc.
Je vais faire partie d'une équipe ! Et ils auront tous plus de 14 ans !!!
L'annonce que j'avais bien le poste m'a été faite pas plus tard que ce matin alors que je rencontrais une conseillère du Pôle emploi pour un premier entretien, histoire de. La petite dame n'avait jamais vu ça, une embauche en direct, et dans son bureau (et sans qu'elle y soit pour quoi que ce soit!)
Je suis contente d'avoir décroché un job en un mois et demi après cinq ans d'interruption, mais une autre bataille s'annonce, celle d'être professionnelle et efficace sur le terrain. Pour cela je m'attelle dès aujourd'hui à l'apprentissage par coeur de tout ce que je vais pouvoir trouver sur Internet concernant le dossier dont je vais être en charge, ainsi qu'à la révision de quelques bases indispensables que j'ai un peu perdues de vue ces derniers temps.
Et en plus je vais pouvoir continuer à tout faire à pieds, ce me plait beaucoup malgré tout : je n'envisage pas une seconde de sortir ma voiture d'entre deux piliers aussi rapprochés sans la bigner à chaque fois, et je déteste la perspective de pouvoir être prise en otage quatre fois par an par des grévistes qui eux ont la sécurité de l'emploi.
Car j'ai décroché...un CDD de six mois.
Mais je m'en fiche ! J'ai un job !
08 octobre 2009
Comment trouver un emploi quand on a un mauvais caractère et quatre charmants petits mômes

Cinq semaines de recherche d'emploi : je suis un peu claquée, là, tout de suite je m'amuse comme une petite folle .
Les conseils reçus lors de mon coaching au salon de l'emploi de Monster m'ont donné un bon coup de boost et j'ai refait depuis quatre ou cinq fois mon CV si vous voulez je vous l'envoie. Le résultat n'est pas si mal (au moins ça contente quelqu'un !) Je cherche dans l'assistanat, la documentation d'entreprise, la vente de sex toys... Je suis hyper motivée.
C'est une recherche d'emploi sous le signe de la femme : pas vu encore l'ombre d'un sujet de sexe mâle. J'ai à ce jour eu trois entretiens, deux in situ, l'autre au téléphone. Je suis allée à mon premier entretien comme Napoléon traversant la frontière russe : kamikaze. Pas très en forme ce jour-là, mais bien décidée à en découdre, je m'étais auto-gonflée à bloc (comme s'il y avait besoin!)
Je vois d'abord la pédégère qui me brosse le tableau d'un poste soi-disant d'"assistante administrative et commerciale", appelation convenant parfaitement pour justifier un petit salaire et des ambitions étriquées, poste qui m'apparaît assez vite comme celui d'une assistante de direction plutôt costaud, pour une personne incontournable dans l'entreprise. Premier entretien, gonflée à bloc donc genre chien fou, égale à moi-même, je fonce dans le tas et vends ma candidature à la manière d'un marchand de sable dans le désert. Une vraie commerciale. Puis arrive l'assistante que le candidat retenu devra remplacer durant un an, et qui participe au recrutement : une petite jeune fille à laquelle j'octroie libéralement 25 ans étant donné le contexte, mais qui ressemble plutôt à ma soeur du temps où elle allait attendre gentiment le bus pour le lycée. Je continue à me vendre, mais la jeunette a du mal à finir ses phrases : je les termine pour elle, je trouve ses mots. Elle me parle du poste, j'acquiesce à tout comme si elle évoquait une partie de campagne, imaginant la rassurer. Finalement elle me pose des questions, j'y réponds, et finis même par lui demander ce qu'elle a fait, elle, comme études. Je sors de là mi-figue mi-raisin. En fait ce n'était pas du lard mais du cochon : le jour prévu je suis informée que le choix ne m'est pas favorable. La pédégère me fait un magnifique feed-back dont je la remercie chaleureusement : elle n'y est pas obligée, c'est très gentil de sa part. Elle a eu un bon contact mais la jeunette a eu l'impression de "vivre un entretien d'embauche". J'ai été beaucoup trop offensive et elles ont imaginé que j'allais vouloir tout mener à la baguette. Elle me conseille amicalement de "mettre la prochaine fois de l'eau dans mon vin".
Mais je ne bois pas de vin, et suis une gentille fille. La preuve, qui a vu sur ce blog la moindre remarque négative envers mon prochain ? Le moindre râlage, mauvaise humeur ou critique ?
Personne.
Je réfléchis et me dis qu'elle a raison. Ce qu'elle voulait, c'était une exécutante, pas une directrice adjointe.
Le tout est de cerner le plus vite possible les éventuelles attentes des recruteurs et ne pas écouter ce qu'ils disent pendant l'entretien, mais comment ils le disent, en se branchant sur leur inconscient tel un vrai pro de la psychanalyse. Et puis savoir placer le ton de sa voix pour ne pas effrayer la populace. Reprendre l'habitude de parler à des adultes, en somme.
Le jour même de cette réponse une nouvelle recruteuse me fait passer un entretien téléphonique. Un peu échaudée, je suis loin de me vendre comme la première fois. J'avoue directement ce que je ne sais pas faire et que vous ne saurez pas. Elle me demande ce qu'une double licenciée et mastérisée en sciences humaines fait à postuler pour des emplois d'assistantes. Je lui réponds sans ambages que bien que les diplômes universitaires ne soient pas donnés ils ne valent simplement pas grand chose sur le marché du travail. La dame est désolée de ne pas pouvoir me prendre parce qu'elle trouve que j'ai l'air de "quelqu'un de bien". Je lui propose de me rappeler dans six mois, (quand je me serais formée ailleurs à tout ce qui lui est si nécessaire et qu'elle serait incapable de me montrer.)
Son problème, qu'elle m'expose assez naïvement, est qu'elle ne veut pas d'une personne qui habite en grande banlieue, ni de quelqu'un qui ne parle pas bien le français, ni de quelqu'un qui ne soit pas bilingue anglais, ni de quelqu'un qui ne soit pas opérationnel tout de suite, ni de quelqu'un qui soit trop jeune, ni d'une mère de famille qui risque de stresser, ni de quelqu'un à former ne serait-ce qu'un minimum,... Le portrait type du recruteur d'aujourd'hui.
Nous nous quittons la main sur le coeur en nous promettant mutuellement de nous recommander dans nos recherches respectives. Vrai de vrai.
Et mon troisième entretien a eu lieu aujourd'hui. Une dame charmante. Elle a réussi à me donner l'impression d'être vraiment intéressée par mes réponses, et moi j'aime bien parler, comme vous avez dû vous en rendre compte. Après décorticage de mes précédentes fonctions, elle m'a posé beaucoup de questions relatives à la sphère perso : mes centres d'intérêt, mes motivations,...Elle suit un plan et a une vraie pratique de l'entretien. De mon côté le métier commence à rentrer : j'évite l'artillerie lourde, j'essaie d'être plus posée; j'ai apporté un calepin, je note et ai préparé quelques questions. Le secteur m'intéresse, j'ai retenu les chiffres clefs exposés sur le site internet. Elle me promet une réponse rapide.
En sortant de cette société, je me rends compte que je ne me mens pas : j'ai vraiment envie de travailler. En fait j'ai toujours eu envie de travailler. Ma carrière a la ligne d'une scie mécanique, et des trous gros comme celui de la couche d'ozone.
Mais ça ne fait rien.
07 octobre 2009
Ronde et belle Marianne James !

Aujourd'hui la grosse quaranteseptenaire Marianne James tord le cou à l'ambiance générale qui nous étouffe depuis plus de quarante ans : elle est belle et jolie, comme dirait un de mes fils, avec son âge et ses plus de 100 kg. Elle est même magnifique et le montre dans Gala :

L'image n'est pas terrible mais vous avez compris l'idée. Ouf ! Il était temps que quelqu'un commence à nous sortir de là. Pour Noël j'aimerais bien trouver dans mon soulier une nouvelle tendance générale à regarder les femmes sous un autre angle.
Parce que moi personnellement je ne voudrais pas que mon homme soit un sac d'os. Je ne vois pas pourquoi pour être "belle" il faudrait contrarier à ce point son métabolisme.
Enfin il est temps de passer à autre chose....
05 octobre 2009
Des nouvelles de Raymonde

Ce week-end, il a encore fallu que je me tape Raymonde.
Est-ce une maladie ? Mon cher mari ne pourrait-il s'empêcher d'appeler ses parents, de les inviter, qu'ils viennent manger à la maison, que son père lui file un coup de main pour ses travaux ?
Ca a l'air d'être incurable.
Pour mon malheur, je suis sociable malgré les apparences. J'aime les gens, quoi. Tant que mes anticorps absorbent la crétinerie, mes défenses naturelles survivent, et puis un jour le bouclier naturel s'estompe. Et après on voit ce que ça donne face à deux beaux specimens planétaires, genre mon père ou ma belle-mère.
Repas dominical. Tout à coup la championne de la famille fixe les oreilles de ma fille et déclare qu'elles sont décollées.
Non elles ne sont pas décollées.
Mais; ajoute Raymonde; heureusement qu'elle, de son temps, elle a fait ce qu'il faut pour ses fils. Finaude, elle leur avait scotché les oreilles et foutu les dits appendices bien serrés dans un petit bonnet en plastique pour que les chérubins aient les oreilles bien plaquées. Hey...! La preuve : regarde leurs oreilles maintenant.
Ah ah ah...
Livide, ma belle-mère me fixe tandis que je la réinstruis, enfin, la base de la base. C'est génétique, la forme des oreilles, ma pauvre Raymonde, vous n'auriez rien fait que vos fils auraient tout pareil leurs petites oreilles de mutants comme ci-devant. C'est scientifique, y'a rien à faire. Evidemment, on peut torturer son gamin en lui fichant le crâne dans un étau pour lui donner la jolie forme d'un suppositoire, mais ce n'est pas avec un bout de scotch qu'on empêche les oreilles de se décoller. Et les infirmières, qu'est-ce qu'elles vous ont dit ?
Piquée, Raymonde m'informe qu'elle ne voit vraiment pas pourquoi elle en aurait parlé aux infirmières. Elle a fait ça toute seule chez elle, comme une grande débile.
Raymonde m'emmerde depuis dix ans avec ses sottises. Je ne vais pas la rater. J'insiste. "Et le médecin ? Il ne s'est pas marré ? "
Raymonde devient furieuse. Pourquoi le médecin se serait-il foutu de sa tronche ? (Euh, je ne vois vraiment pas pourquoi...ah ah ah..!!!) Il faudrait être vraiment méchant pour invoquer un truc semblable pour se moquer d'elle (en me fixant férocement.) Elle en veut pour preuve que le jour où elle a amené son chiot chez le médecin (je crois bien qu'elle a dit médecin !), parce que la bête avait du pus, le praticien ne s'est pas moqué d'elle.
C'est là que mon mari tend l'oreille (c'est pas facile pour lui) pour demander ce que c'est que cette histoire de pus. Je fouille dans mes archives mentales condensant dix ans de conneries raymondiennes pour traduire les propos de sa mère à mon mari, et lui rappeler que tout être mâle bandant, serait-ce un pauvre petit chien, produit du liquide séminal susceptible d'être pris pour du pus par la plupart des raymondes qui sévissent autour de nous.
Raymonde est encore plus furieuse. Le chien n'était pas en érection ! Mais il produisait du lubrifiant, c'est tout, impossible de faire le rapprochement.
"Et toi tu as la science infuse ? Et moi au moins; marmonne-t-elle; je n'ai pas fait de conneries, et mes gamins n'ont pas les oreilles décollées ! "
C'est vrai quoi, je suis trop douée. Je donne à manger à mes bébés quand ils ont faim, je ne les enrubanne pas dans des cocons d'araignée pour qu'ils aient les membres droits, et je ne leur enveloppe pas le crâne dans du papier d'alu avec une fourchette plantée dedans en les fichant devant NBC pour qu'ils apprennent l'anglais plus vite.
Trop forte !

01 octobre 2009
Ce soir j'ai la tête comme une pastèque et les jambes d'un monstre

Aujourd'hui je suis allée au Salon de l'emploi organisé par Monster, au Palais des Congrès de Paris.
Avant même d'entrer dans le salon proprement dit, au bout d'une heure de queue, j'avais appris plusieurs choses :
- nous sommes relativement nombreux à être chercheurs d'emplois, vachement nombreux même, et que des gens (semblant) normaux en plus !
- parmi cette catégorie de la population assidûment fréquentée cet après-midi, un paquet sont non seulement parfaitement normaux, mais en plus très sympas, empathiques et bien éduqués puisqu'ils ne râlent pas quand on leur passe devant. J'ai commencé à sympathiser dès ma sortie du bus, à même la rue, quand j'ai constaté que plusieurs personnes autour de moi se baladaient avec des chemises cartonnées. Suspect de salon de l'emploi imminent.. Pendant mon heure de file il a fallu que je m'occupe : j'ai donc fait la connaissance d'un jeune black de Bordeaux en costume, juriste et DRH, beau comme un coeur, qui paraît-il se fait souvent éconduire au bout de cinq minutes après que l'éventuel recruteur ait constaté que ce n'était pas de l'ombre mais bien une couleur naturelle.. Horrifiant. Je peux affirmer que ce jeune homme ressemble en tout point au gendre idéal... J'ai également discuté avec un grand jeune homme logisticien, au sourire très sympathique, qui cherche d'abord à l'étranger, mais sans plus de succès qu'en France. Ma voisine de droite était une jeune secrétaire au chômage depuis juin, qui n'avait eu encore aucun entretien. Ma voisine de gauche était une jeune chargée de communication ayant passé six mois à New-York. Tous se plaignaient de la France, pays sclérosé où on vous demandait d'être parfait, d'être jeune avec des années d'expérience, de tout savoir avant d'arriver, de parler trois langues et de ne pas demander cher.
- les chaussures à talon haut ça fait mal aux pieds, mais ça je le savais déjà.
Malgré un bon quart d'heure d'attente devant chaque stand de recruteur, j'ai profité à plein de mon après-midi, en ayant pu refiler quatre CV et en ayant décroché un entretien en bonne et due forme pour jeudi prochain. J'ai terminé par un authentique coaching de dix minutes. La dame a regardé la chose, le foutu CV, m'a posé quelques questions, avant de lâcher sa conclusion :
"Avec ça vous n'êtes pas en train de chercher un boulot ! "
Ah bon...
Les compétences n'étaient pas suffisamment détaillées, pas assez précisées; il fallait mettre en valeur davantage ce que je savais faire. Eh puis, avec mes quatre mômes, voulais-je travailler à temps plein ou à temps partiel ?
Bonne question... Depuis un mois je réponds tous azimuts à toutes sortes d'offres, même à celles qui me feraient récupérer mes gamins cinq jours sur sept à 19 heures, mais bizarrement il y a quinze jours, après un premier entretien plutôt réussi, qui m'avait laissé à penser que ça pouvait effectivement marcher, j'ai commencé à faire des cauchemars de pertes d'enfants, puis à tomber malade, chaque jour une nouvelle saloperie. Si moi je ne sais pas on dirait que là-dedans il y a quelqu'un qui sait : le temps complet n'est pas forcément une bonne idée tout de suite quand on vient de passer cinq ans seule maîtresse à bord de sa petite PME familiale.
C'est encore ce que m'a dit une recruteuse qui m'a contactée ce soir par téléphone, et qui ne me prend pas en entretien, à son grand regret parce que j'ai "l'air d'être quelqu'un de bien, d'un bon milieu et n'habitant pas loin de sa boîte" (!) parce que je ne suis pas "immédiatement" opérationnelle pour toutes ses tâches, et aussi parce que le job ne serait pas selon elle assez plan-plan pour une wondermum comme moi :
" Car vous savez, Madame, petits enfants petits soucis, grands enfants grands soucis ! "
OK, mais là c'est trop pour moi...Suite au prochain épisode !
....Dernière minute : ...aussi assisté à une intervention menée par ce jeune type-là, qui a fabriqué lui-même un buzz d'enfer autour de son profil, jusqu'à retrouver un job : original et sympathique !
Stivostin - Je Veux Travailler
30 septembre 2009
L'anniversaire de mon grand biquet

Mon grand biquet, c'est mon mari. Demain il a 45 ans (au grand étonnement de ma mère au téléphone ce soir :
"Tu es sûre qu'il est de 64 ? Moi je croyais qu'il allait avoir 46 ou 47 ans ...!"
Nan, chuis sûre. Il faut dire que je suis quand même mariée à ce presque inconnu depuis 10 ans, alors, Chère Mère, ça aide...
Les anniversaires de mon mari ne se passent jamais comme je voudrais. Je fais toujours un petit quelque chose le soir de son jour d'anniversaire, à ce grand chou qui n'aime pas les fêtes. D'abord il ne se souvient jamais des dates d'anniversaire des autres, ce qui le gêne par rapport au mien; je crois que ce sont les foutus gènes masculins car c'est la même chose chez ses potes. Selon lui je viendrais de 78, lointaine planète où ne vivent que les jeunes femmes for ever, comme moi. Je ne démens pas; après tout il arrondit juste un peu les angles de mon 73, pas de mal à ça...
Lorsque j'achète un gâteau, il objecte que je dépense pour rien. Quand je fais un gâteau...
(...là je vais voir où en est la cuisson du "2009"...)
...c'est moi qui suis déçue, parce que je m'en occupe une partie de la journée, que j'achète mon cadeau, que je l'emballe,...Au final, mon grand biquet est content, sans plus. Rien n'est aussi intéressant qu'un bon film américain pendant qu'on masse les pieds de sa femme...
(...repas anniversaire proprement dit : pizza + gâteau...)
...Avec ce genre d'animal, autant la lui faire à l'envers. Donc c'était ce soir, sans qu'il s'y attende, et sans rien de vraiment préparé.
Mon futur boulanger de 8 ans a fait le gâteau : pour préparer un grand n'importe quoi bon à tout d'anniversaire, jeter dans un grand saladier au moins 700 g de farine, y mélanger un sachet de levure, une plaquette de beurre fondue, deux oeufs crus à température ambiante, et mélanger avec un peu de lait tiède jusqu'à ce que la consistance vous semble normale pour un gâteau. Ajouter extrait de vanille, eau de fleur d'oranger et chocolat fondu + chocolat rapé, ainsi que des noix si vous en avez. Après, hop, moule beurré et au four à 220 °C pendant une demi-heure. Démouler quand c'est tiède, et saupoudrer de sucre glace.
Ne pas oublier le cadeau. Cette année c'est le premier tome de Millénium, 22 euros. J'avais oublié le prix dessus. Tous ses collègues l'avaient presque lu, ça commençait à craindre. Je ne veux pas que mon biquet soit différent des autres.
Il a été plutôt très content, le bougre. Il ne s'y attendait pas.
Au bout de 10 ans j'ai trouvé le mode d'emploi !
L'année prochaine ce sera deux jours avant.
28 septembre 2009
Mais qui va garder les enfants ?

Je cherche un job depuis presque un mois; j'ai envoyé une cinquantaine de CV par mail. Un entretien à mon actif. J'attends la réponse cette semaine. Un job qui me prendra tout mon temps, pas payé des mille et des cents, un boulot qui ne m'emballe pas plus que ça; bref c'est la crise.
Peu d'offres, et des salaires ridiculement bas.
J'attends d'un jour à l'autre la goutte d'eau qui fera déborder le vase, genre :
"Cherchons mouton à cinq pattes pour mission à responsabilités, 22 ans, 10 ans d'expérience dans le secteur de la bergerie, premier prix de beauté à la ferme pendant cinq années consécutives, bêlements des cinq continents lus, écrits, parlés, 1000 euros bruts par mois ou herbage à disposition au milieu du reste du cheptel. CDD 3 mois. "
Je ferais mieux de m'occuper de mes blogs, tiens, ça serait susceptible de nourrir sa brebis femme plus vite qu'une espèce de recherche d'emploi.
Au départ, étant une littéraire pur jus, et ne possédant aucun gène compatible avec ce qui fait actuellement tourner notre planète (les chiffres, l'export, le commercial, la vente,..), je me suis naturellement dirigée vers les jobs où j'aurais pu servir à quelque chose : correctrice orthographique (si vous voyez des fautes chez moi, fermez les yeux, merci), documentaliste, rédactrice, chargée de veille, assistante dans des secteurs culturels, etc.
Pas de réponse.
C'est mon conseiller de Verte-Ville Emploi qui a eu le fin mot : "Vous avez des réseaux ? Oui parce que les boîtes d'édition, presse, etc., y fonctionnent en réseaux..."
Non, moi je suis une personne normale, une va-nus-pieds issue du Poitou-Charentes, qu'est-ce qu'y me parle de réseaux ?
On ne peut pas tout faire dans la vie, quand on est issu d'un milieu craignos modeste, être la première personne de la famille à faire des études littéraires, se noyer dans les nouveaux-nés, retaper une baraque à ses heures perdues et grenouiller dans les partys, coctails, salons, publier des livres, faire une thèse, mettre 35 000 euros sur la table pour faire une formation "à réseaux", épouser un polytechnicien, faire la mannequin pour de grands couturiers, parler anglais sans avoir même les moyens de partir comme Erasmus, etc.
Il faudrait être raisonnable : ils feraient mieux d'interdire les facs de littérature et sciences-humaines à ceux qui ne sont pas bien nés et qui néanmoins pensent que certaines choses ont une certaine importance dans la vie, comme la vivre par exemple.
Donc, j'ai fini par répondre aux annonces d'"assistantes commerciales et administratives". C'est bien ce que je pensais. On y a besoin de "minimum bac + 3" (ils peuvent faire leur marché, alors pourquoi se priver), pour des boulots qui il y a trente ans ne nécessitaient pas même un bac. Une aisance dans tous les logiciels que les propriétaires des boîtes eux-mêmes ne vont pas se casser le cul à manier est bien entendu requise. Il s'agit d'ailleurs la plupart du temps d'un CDD; il ne faudrait pas perdre les bonnes habitudes de précarité. On doit bien sûr avoir déjà travaillé un certain temps dans le secteur; ça tombe bien, j'aime bien mentir. Parce que sinon, c'est simple, pour décrocher un job en 2009, comme assistante tout du moins, il faut avoir testé dans une autre vie tous les secteurs du monde professionnel. Vous avez le droit de vous être arrêtée un peu pour élever vos enfants, mais attention, même au bout de cinq ans, vous êtes toujours "une vraie professionnelle". Votre mémoire est d'éléphant, vous dormez toutes vos nuits depuis toujours. En fait, vous n'avez pas vieilli. Vous êtes la Blanche-Neige des assistantes, en train de ronfler dans votre cercueil de verre tout en révisant électroniquement vos logiciels et vos procédures commerciales.
En fait vous êtes un robot, et ça tombe bien, car si vous n'avez pas besoin de manger, pourquoi vous payer ?
A part ça ces charmants boulots sous-payés (genre 1400 euros nets) pour des employé(e)s surformé(e)s (genre bac + 3/4) prennent pratiquement tout notre temps de veille : départ de la maison 8 heures retour 19 h 30, avec quatre mômes, bains et dîner à faire, ménage et repassage, comptes,.. sans parler des courses que je me demande où je vais caser.
Genre je me couche chaque soir à minuit sans m'être épilé un sourcil, épuisée et le portefeuille pas si garni que ça.
Et les mômes, c'est pas la peine de tomber malades, d'avoir besoin de parler à maman ou de penser faire autre chose qu'école/centre de loisirs de 8 h à 19 heures.






